TEXTES DE L'AUTEUR






DU SENS D'UN SILENCE.

Il est commun de dire qu'il n'y a plus de groupe d'artistes, qu'il n'y a plus de lieu privilégié où se rencontrer, qu'il n'y a plus enfin de pensées fortes avec lesquelles se confronter et que tout ce qui constituait le relief de l'activité culturelle des décennies précédentes est aujourd'hui assagi, assimilé, réduit à des références de salons. Les créateurs scandaleux voient leur rupture rapidement réintégrée dans un conformisme mondain. Quant à ceux qui ne sont pas scandaleux et que le cléricat culturel cependant honore, nous en devinons toute la précarité; la somnolence culturelle n'est plus troublée que de vaines éructations.
Ainsi l'artiste se trouve confronté à un paysage mou sur lequel il ne sait où jeter l'ancre.

C'est de cette situation confuse où tout semble possible et où tout semble s'être déjà exprimé que je souhaite tirer les quelques réflexions qui vont suivre.

Tout d'abord en finir avec les vitupérations que nous pouvons entretenir contre l'époque actuelle. Finissons-en car on s'épuise sans lendemain à ces constats dont le seul mérite est de nous donner bonne conscience!
Il est vrai que l'argent est devenu d'une exigence dévorante qui impose au marché du fait culturel une perspective spéculative à court terme; ainsi il ne peut subsister que des marchands qui petit à petit ont pris la place des galeries, des éditeurs ou des mécènes et c'est pour la même raison qu'il n'y a plus de place pour une critique indépendante des obligations financières auxquelles sont soumis les moyens de communication. Il est vrai aussi que le soi-disant mécénat d'entreprise ne peut être que du "sponsoring" qui contribue encore davantage à laminer les expressions artistiques indépendantes en annexant à son profit les derniers espaces verts du paysage culturel.
Prenons acte de tout cela et cessons de rêver à un monde où les réalités nous seraient plus profitables pour nous interroger sur nous-mêmes car en tant qu'artistes, nous pouvons revendiquer, bien mieux que les pouvoirs qui gèrent ce monde, d'être à la source de ce qui modifie profondément et secrètement la mentalité d'une époque. Osons dire que nous fûmes les médiums du monde moderne, que nous en avons exprimé les linéaments les plus sûrs et que le reste n'est que broderie sans invention. Cessons donc de nous plaindre de ce que nous avons permis et de nous étonner de ce que nous avons sollicité pour examiner nos tendances les plus familières.
Notre intuition de la forme qu'elle soit plastique pour le peintre ou mentale pour le poète et le philosophe nous fait discerner bien vite dans les prétendues nouveautés que se propose notre culture, dans les apparentes ruptures radicales qu'elle nous présente, toutes les répétitions implicites, tous les prolongements occultes que ces nouveautés et ruptures entretiennent avec les profonds bouleversements de notre 20.ème siècle naissant. Ainsi mieux que quiconque nous pouvons dire que l'heure n'est plus propice à la véritable originalité, aux grandes ruptures dont nos aînés furent les artisans; l'invention de formes authentiquement nouvelles est sèche.
En face de ce maniérisme envahissant de la nouveauté, mieux que quiconque nous pouvons dire que l'originalité de la forme ne constitue pas le critère d'intérêt et encore moins de beau que les esthètes mondains lui attribuent. Pourtant ce sont nos aînés qui ont su prouver à d'autres esthètes rivés de conformisme que leur rupture d'alors était justifiée et opportune ; n'en voulons pas à ceux d'aujourd'hui de ne pouvoir se départir du préjugé de la rupture et de la vouloir en toute chose que le siècle consacre: ils sont à notre école mais avec retard!
Pour les plasticiens cette recherche de l'originalité a détérioré grandement les gestes du métier. Les restaurateurs de tableaux modernes sont consternés devant certaines aberrations techniques commises au nom de la liberté d'expression et de l'invention de nouveaux "langages picturaux". Que des oeuvres peintes en dépit de toutes règles techniques ou, mieux encore, constituées de matériaux tout exprès choisis pour leur obsolescence rapide, soient aujourd'hui fort prisées et se dégradent irrémédiablement demain, cela nous importe peu et revêt un caractère plutôt comique.
Notre attention se porterait d'avantage sur l'origine du mépris pour ces gestes de métier, mépris qui a contaminé de proche en proche et contribué à détériorer toutes les activités manuelles au nom du "vite fait-bien fait". Sans mésestimer les raisons économiques d'un tel état de choses il y en a au moins une autre: lorsqu'une culture donne de la valeur et consacre socialement comme chef-d’œuvre une production artistique que le sens commun reconnaît comme précaire ou faite à la "va vite", elle incite quiconque au mépris du geste fut-il humble et familier.
Ainsi ce mépris trouve son origine récente dans la séduction du geste spontané chez les artistes. Une frénésie toute mentale a remplacé l'instant précieux où la main, au cours d'un patient travail, va d'elle-même, où et comme il faut, apporter cette irremplaçable et inimitable touche de vie. Certains ont osé, pour se justifier, en appeler au Zen oubliant qu'avant de décocher la flèche on demeure dix ans à considérer la cible et confondant de surcroît le recueillement du moine-peintre avec les idées fixes d'un Occidental volontariste crispé sur telle ou telle partie de son anatomie.
Cependant ce mépris a des racines plus profondes et anciennes car, en fait, pourquoi respecter des gestes de métiers?
Les raisons techniques sont nécessaires mais insuffisantes: s'il plaît que la chose dure dix ans et non trois siècles qu'importe, nous connaissons d'ailleurs des productions d'art traditionnel faites pour durer le temps de leurs usages et chaque fois recommencées. En fait le respect du geste de l'homme, le respect de l'expression humaine en général se fonde sur la compréhension que Dieu ayant donné à l'homme liberté et pouvoir d'invention, toute activité humaine concourt à la manifestation des possibilités incluses dans la création. Le geste, de quelque nature qu'il soit, est alors ordonné principalement à cette fonction avant de se vouloir économiquement pragmatique. Une mémoire de la nature sacrée du geste demeure dans les confréries de métiers et l'on remarquera avec intérêt et que ce furent des artistes, ceux de la Renaissance, qui les premiers parmi les artisans de l'époque, ont dévié de cette perspective verticale au profit d'une perspective naturaliste qui portait en germe l'individualisme et la fantaisie de l'artiste contemporain.
C'est l'ignorance et l'oubli de la résonance cosmogonique du geste qui permet de le mener à sa guise et, pour finir, de le mépriser

Quant à nous, reconnaissons notre propre embarras: nous espérons toujours être originaux et serions flattés d'inventer une forme nouvelle, d'inaugurer une matrice inconnue et féconde tant nous demeurons liés aux suggestions communes. Rendons nous à l'évidence que ce n'est plus au niveau des formes où tout a déjà été potentiellement dit qu'il nous faut travailler. Quelle joie et quel soulagement de savoir n'être plus obligés à quelques inventions de cet ordre : tous les vocabulaires sont possibles et admissibles, merci à nos aînés, que chacun choisisse donc celui qui exprime au mieux sa sensibilité et passons à d'autres préoccupations...

D'autres préoccupations ? Si la forme d'expression n'est plus notre quête c'est que nous sommes invités à une démarche plus subtile, comme celle d'aller puiser à la source même de toute forme sensible. Prendre cette direction n'a-t-il pas déjà été tenté? Non qu'il faille là encore être nouveau ou original mais plutôt pour voir qu'elle leçon un passé récent pourrait nous offrir.

Le sommeil hypnotique des Surréalistes avec des pratiques très proches du spiritisme, l'usage des hallucinogènes pour libérer l'inconscient des contraintes culturelles rationalistes et l'intérêt des plasticiens pour les expressions artistiques des civilisations dites primitives témoignent de quelque chose de cet ordre. Ces artistes eurent tous l'intuition que la forme sensible procède d'une forme plus subtile que les uns attribuaient à l'inconscient, d'autres à la magie ou d'autres encore à un sacré soigneusement dépouillé de toute référence religieuse explicite.
Aujourd'hui nous observons avec inquiétude l'envahissement dans notre culture d'un imaginaire pétri de ces références qui ne servent que de prétextes à toutes les licences dont l'imagination est capable et demain les images électroniques de synthèse nous offriront des possibilités d'expression réellement effroyables.
Nous devons nous rendre à l'évidence que cette ouverture aux formes subtiles et psychiques qui conditionnent les formes sensibles a déjà été tentée et que, telle qu'elle a été menée, elle ne peut constituer aujourd'hui une voie de recherche. Bien plus, si certains d'entre nous actuellement, peuvent souffrir de voir et d'entendre le sacré pimenter toutes les expressions culturelles jusqu'à celles manifestement perverses comme en témoigne la publicité, soyons bien persuadés que cette parodie et cette vulgarisation étaient hélas en germe dans ce que nos aînés avaient inauguré.
Ainsi les nouvelles préoccupations auxquelles nous sommes aujourd'hui invités, celles qui nous conduiraient vers une certaine intériorisation, ne peuvent être de cette nature psychique dont nous connaissons les conséquences ; toutefois il convient de réfléchir davantage sur les raisons de cette impasse.
Que des artistes désireux de renouveler les formes sensibles d'une culture aient eu l'intuition d'aller puiser à cette source, cela est normal puisque le monde des formes subtiles, qu'on le nomme inconscient individuel ou collectif, parapsychologique, magique ou même symbolique est le réservoir et le principe immédiat de toute expression sensible. La difficulté et l'erreur qui en résulte si elle n'est pas surmontée, résident dans l'intention qui préside à cette démarche et, par voie de conséquence, dans les moyens mis en oeuvre pour y parvenir. Que dire de l'une et de l'autre?
Quant à l'intention et quoiqu'une grande réserve soit nécessaire pour en juger, on peut dire, même quand elle affichait une prétention au sacré et au spirituel, qu'elle était de nature non religieuse voire résolument antireligieuse. Le monde des formes religieuses rituelles ou dogmatiques était perçu comme un système asservissant l'individu au profit d'une caste cléricale prétendant par ses "mystères" soumettre à sa seule autorité toute accession au sacré. De cette défiance à l'égard des formes religieuses procède une intention artistique prométhéenne totalement étrangère à l'attitude des artistes de civilisations traditionnelles dont en bien des cas nos contemporains prétendaient s'inspirer, convoitant plus ou moins consciemment l'expression d'une beauté à laquelle ils n'avaient plus accès et qu'ils ne purent que singer.

Les moyens employés par ces aventuriers isolés de l'époque sont devenus aujourd'hui collectifs et familiers: soit la déstructuration des modes ordinaires de la perception par l'hypnose, les drogues ou les exercices psychosomatiques venus d'un prétendu Orient soit, à défaut de Maître authentique, l'exaspération de l'imagination par des enseignements ésotériques tenus pour secrets quoique le plus souvent édités à plusieurs milliers d'exemplaires. Dans ces conditions on comprend que la pêche quoique abondante soit monotone : on ne recueille que les débris difformes de soi-même, on ne rencontre dans cette Brocéliande psychique que les prolongements tentaculaires de sa propre individualité. Enfant ingrat du matérialisme et du positivisme, l'artiste moderne a cru que tout ce qui échappait au rationnel et au sensible était nouveau et autre que lui-même, et le siècle lui demandait, sans doute, d'être ce "faiseur de brèches" par lesquelles la collectivité toute entière serait informée et nourrie du grand désordre psychologique contemporain.

Qu'une ouverture désordonnée au monde des formes subtiles soit périlleuse, cela est évident et pourtant la sensibilité de l'artiste ne peut pas se soustraire à cette ouverture sans aller vers un autre risque: celui de l'Académisme desséchant. La question est alors d'ordonner convenablement cette ouverture nécessaire et la réflexion sur les conditions dans lesquelles s'exerçait l'activité des confréries d'artistes et d’artisans chrétiens de l'époque médiévale fait ressortir l'existence d'une bénédiction spirituelle spécifique qui conférait à chacune de ces activités un mandat quasiment religieux.

Il faut attacher beaucoup d'attention à cela et nous pourrions justifier de deux façons l'importance du mandat d'ordre spirituel qu'un artiste peut espérer recevoir. La première manière, relativement extérieure, de la justifier est de constater que durant des millénaires d'activité artistique jamais, sauf depuis quelques trois cents ans, l'artiste ne s'est trouvé réduit à ses seules capacités, mais que toujours son activité s'inscrivait dans un cadre rituel où l'intelligence des formes qu'il mettait en oeuvre lui était donnée par les clercs de sa Tradition.
Le second point de vue, plus intérieur, est en rapport avec cette Brocéliande psychique à laquelle nous faisions allusion précédemment. Là l'exigence d'une relation fonctionnelle entre l'artiste et le "religieux" cesse d'avoir la forme d'un mandat pour devenir une garantie d'abord pour l'artiste et, par voie de conséquence, pour la collectivité toute entière qui accueille son travail.
En effet le monde des formes subtiles n'est pas connaissable dans son ensemble par la seule raison et échappe pour la plupart de ses manifestations aux perceptions sensibles ; nos possibilités individuelles et humaines de discernement sont, dans ce domaine, quasiment nulles.
C'est à une possibilité d'un ordre supérieur, et dont ces formes dépendent, qu'il faut faire appel ; là se trouve le sens de la bénédiction spirituelle dont nous parlions.
Seule une énergie divine peut discerner les formes qui lui correspondent dans le monde subtil pour les "relier" aux prolongements psychiques du ou des individus. Seule une grâce divine peut écarter de ces prolongements que nous entretenons inconsciemment avec le monde subtil les formes ou suggestions psychiques qui nous seraient dommageables et qui continuellement, par l'homme de préférence, tentent de s'incorporer dans la création sensible et matérielle.
Le "génie" d'une culture tient au maintien de ces moyens à la fois fécondants et défensifs.
A défaut de bénédictions spécifiques, tout artiste ayant l'intelligence de ce qui précède, peut comprendre sans peine l'importance pour lui-même d'une participation sacramentelle au Corps Mystique de son Eglise ; ce qui, en fait, était la condition élémentaire au temps des confréries à la réception de toute initiation de métier.
Les temps modernes, et qui sont tels depuis plusieurs siècles , ont profondément dégradé ces institutions, nombreuses sont celles qui ont disparues et parmi celles-ci, la confrérie des peintres fut sans doute des premières puisque les plasticiens furent les premiers à témoigner par leurs activités de la profonde rupture de la Renaissance, ainsi que nous le disions plus haut à propos du respect des gestes du métier.
Il reste que si l'institution a disparu, la bénédiction spirituelle qu'elle transmettait à ses membres parce que de nature spirituelle et non pas humaine ne cesse pas d'être présente et conservée ainsi que demeurent toutes réalités authentiquement Traditionnelles.
Ceux sont les modalités de son expression qui sont devenues extrêmement difficiles et aléatoires mais la réalité spirituelle de cette bénédiction demeure comme une possibilité qui peut, si elle trouve un terrain propice, s'actualiser ne serait-ce qu'à titre individuel.
Devenir ce terrain est en définitive la seule vraie question qu'un artiste ait à se poser. Dans la mesure où la confrérie a disparu, et avec elle ses méthodes qui étaient loin d'être uniquement de technique picturale, nous sommes extrêmement démunis pour orienter ce travail intérieur, oeuvre de toute une vie.
Seules quelques suggestions sont possibles. Peut-être faudrait-il se détacher de la tendance très conceptuelle de l'art moderne qui puise ses ressources dans la seule imagination de l'artiste et réapprendre la beauté qui nous entoure. Cesser de vouloir l'idée de la beauté telle qu'on se la représente pour tenter de voir la beauté en toute chose ; fonder notre démarche sur cette perception précieuse et fugitive sans pour autant aller vers un naturalisme réducteur car la beauté est, par nature, au delà et par delà l'apparence sensible et formelle des choses.
Un certain art abstrait peut être préjudiciable mais une abstraction fondée sur les formes ne l'est pas.
Peut-être renoncer à être l'auteur de l'œuvre tout en sachant que l'on est le seul capable de l'exprimer, savoir que si nous espérons manifester de la beauté, cela ne se peut que malgré nous, quoique par nous, et que cela nous invite à ne pas capter pour nous-mêmes l'œuvre achevée mais à la rendre .
Peut-être examiner ce qui nous anime dans l'instant où un projet apparaît pour replacer ce désir dans un espace plus vaste que celui de la satisfaction narcissique inhérente à tout artiste ; sans doute prendre conscience des moments heureux survenus au cours d'une réalisation pour "voir" ce qui était en activité et ce qui était en sommeil afin de pouvoir ultérieurement en appeler à ceci et éviter cela.
Prendre connaissance des directives données aux peintres d'icônes pour leur préparation personnelle et voir ce qui serait adaptable à notre situation. Peut-être aussi, et avant tout, examiner l'implication du corps tout entier dans la conduite du pinceau, la peinture chinoise sait quelque chose de cette attitude physiquement juste.
Ce ne sont qu'interrogations insuffisantes, à peine des jalons, mais peut-on espérer mieux quand, aujourd'hui, de telles démarches sont d'autant plus individualisées que toute norme collective a disparu ? Aujourd'hui, où l'on remarque de surcroît que les rapports du "religieux" et des artistes se sont inversés : on voit des responsables d'Église demander à ces derniers le renouveau d'un art Chrétien et ces clercs n'ayant pas beaucoup plus de discernement que nos esthètes mondains, accueillent avec bienveillance le peu ou le "n'importe quoi" dont nous sommes capables !
Plus contrariant encore est le cas des productions artistiques issues du Renouveau Charismatique où ces artistes catholiques et inspirés à profusion offrent avec toute l'assurance des néophytes zélés des oeuvres dont la mièvrerie n'a d'égale que celle de l'art Saint-sulpicien, encore que ce dernier était quant à la qualité technique de l’exécution, mieux élaboré et témoignait d'un réel savoir-faire.
Si nous avons fait allusion à ces deux exemples d'implication du "religieux" et de l'activité artistique c'est pour montrer que ce que nous pouvons attendre d'une Autorité Spirituelle n'a rien à voir avec les encourageantes sollicitations d'un clergé à-priori aussi démuni que nous -mêmes pour réactualiser un art Chrétien, et entretient encore moins de rapport avec l'exaltation des groupes charismatiques.
Au terme de ces constats, ne nous situons pas au dehors de tout cela pour nous enorgueillir de différences : quelques jugements que nous portions sur cette situation, nous entretenons, consciemment ou non, des chaînes puissantes avec ce qui conditionne la mentalité de notre époque.
Si nos yeux s'ouvrent un peu c'est pour frémir davantage de notre pauvreté, il y a une nuit qui n'est pas uniquement de fait humain dans laquelle il convient de s'engager en veilleur désarmé. Cette nuit, où le sacré semble déserter les murs de la cité et où ne résonne que la rumeur grandissante des croyances, a un sens ...on ne peut vouloir l'aube avant l'heure.
« Hérode, en voyant Jésus fut tout joyeux car depuis longtemps il désirait le voir, pour ce qu'il entendait dire de lui; et il espérait lui voir faire quelque miracle. Il l’interrogea avec force paroles, mais il ne lui répondit rien. »
Luc 23 8
Ainsi le Christ s'est tu aux jours de sa Passion alors qu'enfin s'épanouissait le Mystère de sa venue.
Quelque chose se produit aujourd'hui que l'on doit se garder de vouloir dire ou savoir. L'heure n'est plus aux proclamations dont notre convoitise s'emparerait aussitôt, ce que nous avons à exprimer - malgré nous exige une absolue confiance silencieuse en l'activité secrète de Dieu en chacun de nous.

Gilles Alfera
Décembre 1996.